06/12/2009

L'économie des Toambapiks

En attendant la publication de son livre, quelques réflexions de l'économiste post-keynésien Laurent Cordonnnier sur la crise :

Reprise économique, la grande illusion dans le Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/CORDONNIER/18158

Compte rendu d'une conférence dans le cadre de Citéphilo sur les moyens de sortir de la crise :

Réflexion sur les issues de la crise, avec des solutions pragmatiques, raisonnables, plausibles, possibles et souhaitables. Mais comme ces caractéristiques sont difficiles à combiner, Laurent Cordonnier propose d'éliminer le côté "plausible".

Il évoque les raisons du désordre : la finance casino, la dictature des actionnaires, la déflation salariale, l'endettement des Etats et des ménages, les contradictions écologiques et les errements de la pensée économique. Ce constat permet de formuler des propositions.

La logique qui sous-tend les propositions est d'une part de reconstruire l'économie sur des bases saines (avec une formation de la demande dégagée de la rente actionnariale) et d'autre part une réorganisation vers une production et des investissements intéressants socialement et écologiquement.

. La finance casino

Il faut redéfinir les agents autorisés à intervenir sur les marchés financiers. Ex : interdiction de la spéculation des hedge funds sur les marchés de matières premières

Il faut supprimer les marchés qui peuvent être remplacés par des contrats d'assurance. Ex :  risque de taux de change

Il faut séparer les banques de dépôt et les banques d'investissement, qui n'auraient pas le droit de se refinancer auprès des Banques centrales

Il faut interdire la titrisation bancaire

Il faut mettre en place une certification publique à la place de celle des agences de notation financière

Il faut mettre en oeuvre le principe "est possible tout ce qui est autorisé" en matière d'innovation et cesser d'appliquer le principe "est possible tout ce qui n'est pas interdit"

Il faut instaurer un taxe sur les transactions financières

. La domination des actionnaires

Il faut instituer un taux d'usure pour la rentabilité financière à partir duquel le surprofit est reversé aux salariés

Il faut desserer la contrainte salariale en termes de représentation dans les conseils d'administration. Ex : 1/3 de salariés, d'actionnaires et de parties prenantes

Il faut réduire l'écart de rémunération entre les dirigeants et la moyenne des salaires de 1 à 50 maximum

. La déflation salariale

 Il faut un salaire minimum dans chaque pays européen

Il faut un taux minimal d'imposition sur le bénéfices des sociétés

Il faut des taxes sur le carburant dans les échanges internationaux du même niveau que celles de la fiscalité intérieure

Il faut une politique de change au niveau européen

. L'endettement des ménages et des Etats

Il faut rétablir un impôt progressif sur le revenu

Il faut refinancer les dettes publiques à un taux égal à l'inflation (c'est à dire un refinancement par les Banques centrales)

Il faut établir des ratios de solvabilité avant de distribuer des crédits aux ménages

Il faut réduire le taux d'usure des particuliers pour éviter l'effet "boule de neige" de l'endettement des ménages les plus pauvres

Il faut instaurer le principe de la faute imputable au dernier prêteur en cas de surendettement

. Les contradictions écologiques

Il faut augmenter le prix des émissions de carbone et restituer le surcoût aux ménages jusqu'au 6ème décile

Il faut imposer les produits importés à due concurrence

. Les errements de la pensée économique

Le salaire des économistes devrait dépendre de la santé économique, écologique et sociale du pays. Ex : le BIP 40

L'évaluation des chercheurs devrait se faire par des jurys composés d'économistes, de sociologues, de mathématiciens, de physiciens ... et autres parties prenantes (élus, dirigeants économiques, salariés ...)

Il faut contraindre les économistes à consacrer 20% de leur temps de recherche à la demande sociale. Ex : syndicats, mutuelles, ONG ...

Conclusion :

Si ces propositions ne sont pas plausibles ; alors qu'elles auraient pu être formulées par le centre en politique il y a à peine 20 ans ; c'est que quelque chose de grave s'est passé.

18:41 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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