24/03/2010

Quelques débats macroéconomiques actuels

La dette souveraine grecque pousse les pays de la zone Euro (l'Eurolande) à réinventer l'Union économique et monétaire. Comme l'endettement public de l'Etat grec est très élevé (plus de 100% du PIB) et que son déficit a atteint un niveau important (plus de 10%), les nouveaux prêteurs exigent une prime de risque pour faire l'acquisition des obligations publiques. Ainsi le taux d'intérêt est plus élevé pour un emprunt de la Grèce que pour l'Allemagne.

Quand un pays souffre de déséquilibres financiers qui pénalisent sa position internationale, il peut faire appel au FMI (s'il en est membre) pour obtenir des prêts à taux privilégié en contrepartie de programmes d'ajustement, c'est à dire de politiques économiques de rigueur afin de rétablir les équilibres économiques ...

Mais comme la Grèce est membre de la zone euro, bien qu'elle puisse théoriquement faire appel au FMI, cela constituerait un aveu de faiblesse de ne pas pouvoir régler le problème entre pays membres de l'Eurolande. Cependant, la Banque Centrale Européenne ne peut pas refinancer directement les Etats (les traités le lui interdisent expressément).

La situation grecque devient ainsi un objet politico-économique non identifié que l'on peut envisager en théorie des jeux : la Grèce peut utiliser la menace de faire appel au FMI pour faire pression sur ses partenaires (qui perdraient une partie de leur crédibilité) tandis que l'Allemagne tient une position ferme sur la possibilité d'exclure les pays qui ne respectent plus les règles de l'Union Economique et Monétaire (les critères de convergence).

Analyse par l'économiste Hans-Werner Sinn, sur le site Project Syndicate : http://www.project-syndicate.org/commentary/sinn30/French

Analyse critique de la position allemande par l'économiste Patrick Artus dans une étude économique pour Natixis : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=52277

Ainsi, les européens ont évoqué la possibilité de créer un Fonds Monétaire Européen, qui remplisse la même fonction que le FMI, mais simplement pour les pays européens (ou de la zone Euro). Ainsi les déséquilibres économiques et financiers seraient réglés par les pays les pluys directement concernés.

Analyse critique par l'économiste Charles Wyplosz pour le site Telos : http://www.telos-eu.com/fr/article/fonds_monetaire_europe...

Enfin, le FMI lui même est amené à repenser sa doctrine et ses moyens d'action. Après avoir longtemps plaidé pour des politiques économiques orthodoxes : faible inflation, faibles taux d'intérêt, équilibre budgétaire ... dans un cadre libéral : ouverture des marchés de capitaux, ouverture à la concurrence ... Qui a fini par être qualifié de "consensus de Washington" pour montrer les liens que cette vision de l'économie entretenait avec les intérêts de l'économie américaine (son ministère de l'économie et des finances est basé à Washington ainsi que la Banque Mondiale chargée de la politique du développement au niveau mondial qui a subi les mêmes critiques).

Cette vision permet d'éclairer les règles de politique économique dont s'est doté la zone Euro : critères limitant le déficit et la dette publique, cible d'inflation de la BCE fixée à 2%, sanctions (théoriques) pour les pays ne respectant pas les règles ...

L'économiste Olivier Blanchard est aujourd'hui chef économiste du FMI. Il vient de co-publier un article où il montre que la conséquence de l'approche précédente est que le FMI comme les Etats sont dépourvus de moyens d'action face aux chocs économiques. En effet, s'ils mènent des politiques orthodoxes, ils ne peuvent utiliser leur politique monétaire en cas de récession.

Présentation de cette nouvelle vision sur le site Telos : http://www.telos-eu.com/fr/article/inflation_faut_il_fair...

11:43 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.