24/06/2010

La politique industrielle

Notion à ne pas confondre avec l’industrialisation, le développement des activités de transformation (secteur secondaire).

La politique industrielle est un ensemble d’actions prises par les pouvoirs publics pour modifier et orienter l’évolution des activités industrielles.

On oppose la politique industrielle à la politique conjoncturelle, qui a pour but de réguler l’activité économique càd les leviers budgétaires et monétaires. On parle de politique structurelle puisqu’elle modifie les structures de l’économie.

Son but ultime est d’améliorer la compétitivité des agents économiques càd leur capacité à affronter la concurrence.

Les questions de politique industrielle sont donc indissociables de la remise en cause du consensus keynésien et des critiques fortes de la politique économique (monétaristes et nouveaux classiques).

En France, c’est à partir de 1983 que la politique industrielle revient au centre du débat. Elle est donc liée au contexte de crise et de compétition internationale.

Ex : politique menée entre 1986 et 1988.

La politique industrielle repose sur de nombreux outils : la politique fiscale (déductions incitatives), les subventions publiques (recherche et développement), les grands projets (Airbus, Ariane, TGV …) ou la réglementation (concurrence).

Q : quelle est l’influence du renouveau de la politique industrielle sur les débats économiques ?

 

I] La politique de croissance

On retrouve les problématiques des théories de la croissance. L’augmentation des richesses est un élément déterminant de l’efficacité économique des Nations.

C’est un objectif de long terme dont la maîtrise est particulièrement difficile.

Ex : pays en développement.

  • Les trajectoires de croissance

Pour mener une politique de croissance, il faut analyser les déterminants de l’accroissement de la production. Il faut ensuite définir les moyens d’agir sur la croissance. Enfin, la politique économique consiste à garantir une augmentation régulière de cette croissance.

On distingue cinq faits stylisés sur la croissance (Bénassy-Quéré et al.) :

q       La croissance du revenu mondial accélère fortement sur longue période

q       Les variations du PIB par habitant sont fortes à moyen terme et selon les pays

q       Les trajectoires de croissance nationales sont très diverses (ex : rattrapage)

q       Les inégalités de revenu se sont accrues avec la croissance dans les pays et entre les pays (même si des réductions sont constatées depuis les 90’s)

q       Le progrès technique entraîne des inégalités de revenu dans les pays développés

Plusieurs rappels :

q       Les difficultés de mesure de la croissance : PIB, PIB par habitant, productivité

q       La croissance est un phénomène qui apparaît avec la révolution industrielle

q       Les liens complexes entre croissance et inégalité : Kuznets (1955) considère que la croissance entraîne d’abord un accroissement des inégalités avant de se réduire. Bourguignon & Morrison (2003) montrent que la réduction des inégalités dans les pays sont remplacées par des inégalités entre pays.

q       La question du rattrapage (voir économie du développement)

q       Le rôle de la productivité dans la croissance et les difficultés à maîtriser les sources des gains de productivité. Ex : les TIC

  • Les modèles explicatifs de la croissance

Sur le plan théorique plusieurs approches induisent des politiques variées :

q       Pour Harrod (1939) & Domar (1946) une croissance équilibrée n’est possible que si l’épargne et l’emploi sont eux même équilibrés par l’investissement. D’où une politique visant à favoriser l’épargne (sinon croissance sur le « fil du rasoir »).

q       Pour Solow (1956) le rendement marginal du capital est décroissant. La croissance dépend donc à long terme de la démographie et du progrès technique (exogène). Agir sur l’investissement ou l’épargne est inutile.

q       Ramsey (1928) a établi la règle d’or de la croissance : il existe un taux d’épargne qui maximise la consommation par habitant si le taux d’intérêt réel est égal au taux de croissance du PNB.

q       Mankiw, Romer & Weil (1992) estiment que la croissance découle du capital humain. La politique économique consiste à orienter une partie de l’épargne vers la formation.

q       Romer (1986) considère que la croissance découle d’effets d’apprentissage. La politique industrielle va favoriser les agglomérations d’entreprises et les externalités.

q       Aghion & Howitt (1992) montrent que la croissance découle de l’innovation par un phénomène de destruction créatrice. D’où une politique ciblée sur l’innovation.

Les politiques économiques mises en œuvre découlent de ces différentes théories.

Ex : la stratégie de Lisbonne au niveau européen

La politique industrielle vise donc plusieurs grands objectifs :

q       Réduire les disparités régionales pour répartir les biens publics territorialement

q       Favoriser l’éducation et l’innovation. Ex : brevets, enseignement

q       Créer les institutions adaptées. Ex : AII, ANR, marchés financiers

 

II] La politique de concurrence

La politique économique cherche à établir des marchés compétitifs, c’est l’Etat facilitateur.

Elle découle des critiques de la politique conjoncturelle et vise trois domaines :

  • La réglementation des prix et de la concurrence (Combe)

L’Etat met un terme à la régulation des prix pour favoriser la désinflation.

Ex : ordonnance de 1986 en France

Cependant l’Etat conserve une politique de prix publics autonome.

Ex : les tarifs de l’électricité

Dans ce cadre, l’Etat doit réguler les relations de concurrence. La liberté des prix est encadrée par des institutions visant à éviter les ententes ou les abus de domination.

Ex : le conseil de la concurrence

De même, l’Etat privatise les entreprises qui opèrent sur des marchés concurrentiels.

  • L’économie de marchés financiers (Brender & Pisani)

Face aux contraintes de l’endettement public et du fait de l’ouverture croissante des économies, le financement par une économie de crédit (d’endettement)  n’est plus suffisant.

L’Etat réorganise le secteur financier en permettant le décloisonnement bancaire, en favorisant la désintermédiation. La fiscalité est favorable pour l’épargne investie en actions.

Les marchés financiers mettent en œuvre des innovations financières.

Ex : billets de trésorerie, OPCVM

Dès lors, la politique économique assure la régulation prudentielle du marché financier.

Ex : normes comptables internationales, AMF

La capitalisation boursière se développe fortement. Elle permet à des entreprises moyennes d’obtenir des sources de financement.

Enfin, l’Etat met un terme à la réglementation des changes dans le cadre de la libre circulation des capitaux au niveau européen.

Cette politique cherche à inciter les entreprises à investir (mais la rentabilité reste nécessaire).

  • La politique de compétitivité (Cohen & Lorenzi)

L’Etat doit améliorer la compétitivité-prix des entreprises sur son territoire. Il mobilise plusieurs outils.

Ex : les réductions d’impôts sur les sociétés, les réductions de charges, la flexibilité du travail

Par ailleurs, la politique économique cherche à aider les PME. Les pouvoirs publics favorisent la création d’entreprise (aides fiscales, simplifications administratives) et les procédures collectives en cas de difficultés (redressement, liquidation. De même, l’Etat pilote l’aide au financement (Oseo).

Enfin, la politique de compétitivité prend en compte les aspects territoriaux et géographiques. L’Etat cherche à encadrer la reconversion industrielle de secteurs ou de régions, mais il doit tenir compte des contraintes européennes : marché unique, aides publiques, concurrence fiscale …

Ex : zones urbaines, bassins d’emploi

 

Conclusion :

La politique industrielle est à nouveau au centre des préoccupations car elle mobilise toute la panoplie de la politique économique.

Cependant, il est essentiel de la comprendre dans une perspective de compétition internationale et de politique commerciale.

 

Références :

AGHION, Philippe & HOWITT, Peter : A model of growth through creative destruction, Econometrica, 1992

BENASSY-QUERE, Agnès ; COEURE, Benoît ; JACQUET, Pierre & PISANI-FERRY, Jean : Politique économique, De Boeck, 2009

BOURGUIGNON, François & MORRISON, Christian : Inequality among world citizens, American Economic Review, 2003

BRENDER, Anton & PISANI, Florence : Les marchés et la croissance, Economica, 2001

COHEN, Elie & LORENZI, Jean-Hervé : Politiques industrielles pour l’Europe, La Documntation française, 2000

COMBE, Emmanuel : La politique de la concurrence, La Découverte, 2008

DOMARD, Evsey : Capital, expansion, rate of growth and employment, Econometrica, 1946

HARROD, Roy : An essay in dynamic economic theory, Economic journal, 1939

KUZNETS, Simon : Economic growth and income inequality, American Economic Review, 1955

MANKIW, Gregory ; ROMER, David & WEIL, David : A contribution to the empirics of economic growth, Quarterly Journal of Economics, 1992

RAMSEY, Frank : A mathematical theory of saving, Economic journal, 1928

ROMER, Paul : Rendements croissants et croissance à long terme, Idées, 1986

SOLOW, Robert : Une contribution à la théorie de la croissance économique, in ABRAHAM-FROIS, Gilbert dir., Problématiques de la croissance, Economica, 1956

08:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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