27/05/2011

Recherches sur la méthode, un ouvrage de Carl Menger

Ce livre de Carl Menger est une œuvre essentielle pour trois raisons. Il traite tout d’abord d’une question qui reste d’une actualité étonnante, la querelle des méthodes (« Methodenstreit »). Menger est, en effet, un des trois auteurs « révolutionnaires » qui a introduit le raisonnement marginaliste en économie et qui est aujourd’hui le fondement de ce qu’il est convenu d’appeler la microéconomie. Avec l’anglais Stanley Jevons et le français Léon Walras, l’économie politique devient la science économique avec comme atome essentiel le raisonnement individuel d’acteurs cherchant à satisfaire leur désirs exprimés sous forme d’utilité (et donc quantifiable).

La suite la note sur le site Lectures : http://lectures.revues.org/5670

21:44 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie, Histoire économique, Méthodologie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/03/2011

L'enseignement de l'économie

Sur le sujet, toujours brûlant, de l'enseignement de l'économie et du débat de fond sur le contenu des enseignements le magazine Alternatives Economiques signale une note intéressante de l'IDIES sur les récentes remises en cause d'une vision trop "imaginaire" de la science économique :

http://www.idies.org/public/Publications/idies_note_de_tr...

Débat qui rappelle la célèbre "querelle des méthodes" de la fin du XIXe siècle où les économistes défendant une approche mathématique et généraliste de la "science économique" se sont imposés face aux économistes institutionnalistes, qui préféraient une vision plus socio-historique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Methodenstreit

A travers cette question méthodologique, se trouve posée la question du statut scientifique de l'économie, puisqu'elle ne serait plus l'"économie politique" des classiques, mais une véritable science à visée généraliste et a-historique, cherchant à proposer des modèles abstraits du fonctionnement de la société dans l'optique de l'analyse de la richesse. A rapprocher de la victoire de la définition de Lionel Robbins : "l'économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usage alternatif".

http://rationalitelimitee.wordpress.com/2008/12/16/la-met...

15:30 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire économique, Méthodologie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/01/2011

Katrina, 2005 un livre de Romain Huret

On referme le livre de Romain Huret avec une étrange sensation, un mélange d’amertume et d’accablement sans doute. Dans Katrina 2005, l’historien propose en effet l’analyse d’un désastre écologique dans toutes ses dimensions et propose une grille de lecture cohérente d’un évènement qui a marqué les mémoires mondiales pour sa médiatisation et les conclusions hâtives qu’on a pu en tirer.

La suite de la note de lecture sur Liens socio : http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=6818

10:14 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire économique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/09/2010

La crise de 29 n'est pas finie

Quand bien même les analyses de la crise de 1929 semblent solidement établies (crise monétaire selon Friedman & Schwartz ; crise bancaire selon Bernanke ; crise de leadership selon Kindleberger ...) et que l'économiste Pierre-Cyrille Hautcoeur a écrit un des meilleurs ouvrages de synthèse sur la question (La crise de 1929, La Découverte, 2009), le débat ne semble pas clos.

Le magazine L'expansion évoque un article de recherche de Douglas Irwin sur le rôle joué par la politique financière de la France dans le développement de la crise : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/l...

Il semble que la crise actuelle remette au goût du jour les ré-interprétations de la Grande dépression des années 30, notamment d'un point de vue "nouveau classique" c'est à dire insistant sur les erreurs des autorités publiques (voir les travaux de Price Fishback résumés ici : http://www.voxeu.org/index.php?q=node/4970).

Bref, il faut lire et re-lire Hautcoeur, Eichengreen et voir l'excellent documentaire de William Karel en attendant de nouvelles interprétations : http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/1929/2882548.html.

21:52 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire économique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/05/2010

Introduction à Keynes

On croit bien évidemment tout savoir sur Keynes. Son itinéraire intellectuel ou personnel ayant fait l’objet de véritables sommes comme celles de Robert Skidelsky en langue anglaise ou de Gilles Dostaler en français. Ses principales analyses sont devenues des éléments classiques dans l’enseignement de l’économie, on parle de politique de relance keynésienne ou de fonction de consommation keynésienne. Il est tout de même l’inventeur de la macroéconomie, qui consiste à raisonner sur les grandeurs économiques agrégées et non plus seulement à l’échelon individuel ... Alors pourquoi l’ouvrage de Pascal Combemale semble-t-il arriver à point nommé ?

La suite de la note de lecture sur Liens socio : http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=6444

15:45 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire économique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/05/2010

La théorie de la régulation

Courant de pensée économique d’origine française.

Apparition avec la crise des 70’s. Effet de mode ?

Ouvrage fondateur : Régulation et crises du capitalisme Aglietta (1976).

Plusieurs auteurs emblématiques : Boyer, Mistral, André, Delorme, Lipietz, Théret, Billaudot, Reynaud ou Lordon ... Autour de l’ex-CEPREMAP : Commissariat au plan.

Influence forte des ingénieurs économistes.

  • La théorie de la régulation a pour origine intellectuelle l’historicisme allemand

La théorie économique ne peut produire de grandes lois générales, elle doit inscrire ses analyses dans le temps et dans l’espace.

Querelle des méthodes au XIXe.

Dans cette perspective, l’économie est une science inductive qui a pour but d’aborder la réalité sur un plan historique afin de proposer des explications.

  • La théorie de la régulation est proche de l’économie institutionnaliste

Courant de pensée d’origine américaine (début XXe) incarné par Veblen principalement.

Analyse fondée sur les institutions et leur rôle dans l’économie : elles déterminent de manière forte les comportements collectifs.

Les institutions sont des ensembles d’habitudes, de règles incarnées dans les communautés.

Approche dynamique de l’économie, par opposition à la vision statique néo-classique.

  • La théorie de la régulation porte une critique sévère de l’école néo-classique

Boyer (1986) montre que cette approche puise ses fondements dans deux grands courants : le marxisme et l’analyse keynésienne.

Référence au marxisme pour le capitalisme, les luttes, l’accumulation … même si la théorie de la régulation est moins déterministe au regard des rôles individuels.

Référence à Keynes pour l’investissement, les rapports salariaux, les anticipations …

La théorie de la régulation estime que les situations d’équilibre découlent d’arrangements institutionnels. Ce n’est pas la conséquence de comportements individuels optimaux.

Les institutions en place dans une économie peuvent donc également être à l’origine de situations de crise.

Q : quelle sont la portée et les limites de cette école de pensée ?

I] Les concepts fondamentaux

Pour la théorie de la régulation, le principal problème est que les dynamiques sont variables dans le temps et dans l’espace. Il faut donc disposer d’un appareil analytique commun pour théoriser les régulations économiques.

En général, les concepts sont peu cohérents et varient en fonction des auteurs.

Deux grandes synthèses : collective par Boyer Saillard (1995) et Boyer (2004). Mais tardif ?

  • Les modes de production

Ce sont les rapports sociaux déterminés par la production (comme pour Marx).

Cela permet de mettre en valeur les relations entre les rapports sociaux et l’organisation économique.

Un mode de production est toute forme spécifique des rapports de production et d’échange.

Les relations sociales régissent la production et la reproduction des conditions matérielles requises pour la vie des hommes en société.

Boyer (1986) considère que cette notion reste très générale et qu’elle nécessite trois précisions :

-         le rapport d’échange est sous forme marchande. La monnaie joue donc un rôle essentiel dans les rapports sociaux (marchandisation).

-         la séparation entre producteurs et moyens de production entraîne le développement du rapport salarial.

-         la valeur d’échange prime sur la valeur d’usage.

 

  • Le régime d’accumulation

C’est l’ensemble des régularités assurant une progression générale et cohérente de l’accumulation du capital. Ex : le fordisme, Billaudot (2001)

Cela permet de gérer dans le temps les déséquilibres inhérents au processus.

 

  • Les formes institutionnelles

Elles découlent d’un régime d’accumulation, ce sont les moyens d’en garantir la cohérence.

Ex : Aglietta (1976) étudie par exemple les formes institutionnelles des USA : le marché du travail est très concurrentiel, l’immigration est forte. Cela fournit une armée industrielle de réserve. Mais des crises de débouchés persistent. Après la seconde guerre mondiale, les salaires sont déconnectés de l’activité économique réelle. Le fordisme est caractérisé par ce rapport salarial non concurrentiel.

Ex : Boyer dir. (1986) sur l’évolution des capitalismes nationaux face à la crise.

On distingue cinq formes institutionnelles :

-         la contrainte monétaire : rapport social qui institue les sujets marchands.

Ex : l’inflation découle de rapports sociaux, Boyer & Mistral (1978)

-         le rapport salarial : c’est la mise en relation mutuelle entre différents types d’organisation du travail, de modes de vie et de modalités de reproduction des salariés.

Ex : la division du travail, les revenus, la consommation ou la formation des salaires, Reynaud (2004)

-         les formes de la concurrence : mode de formation des prix.

Ex : mode concurrentiel ou monopoliste (rôle de l’Etat).

-         la nature de l’Etat : c’est la lutte entre groupes d’intérêts qui débouchent sur des compromis institutionnalisés.

Ex : passage de l’Etat circonscrit à l’Etat inséré, Delorme & André (1983)

-         l’insertion dans le régime international : ouverture aux échanges commerciaux.

 

  • La régulation

Le mode de régulation accorde les comportements individuels et collectifs avec le régime d’accumulation pour maintenir la cohérence.

C’est donc un ensemble de procédures ayant trois caractéristiques :

-         reproduire les rapports sociaux fondamentaux

-         soutenir le régime d’accumulation en vigueur

-         assurer la cohérence des décisions

 

II] La théorie des crises

  • Typologie des crises économiques

-         Les perturbations externes

Ce sont des phénomènes mineurs pour l’école de la régulation : ces crises sont datées et localisées. Elles sont extérieures au régime d’accumulation. Ex : mauvaise récolte

-         Les crises cycliques

Ce sont des phénomènes normaux et périodiques.

Ces crises ne concernent ni la régulation ni le régime d’accumulation. Elles sont liées aux cycles de développement du capitalisme. Ex : insuffisance de la demande

-         Les crises du mode de régulation

C’est la mise en cause des mécanismes qui assurent la compatibilité des différents éléments d’un régime d’accumulation. Ex : conflits sociaux pour le partage de la valeur ajoutée

-         La crise du régime d’accumulation

Le mode de développement d’un régime d’accumulation est nécessairement limité dans le temps car il repose sur des régularités (les formes institutionnelles).

La reproduction du système économique va connaître des blocages du fait de ses contradictions. Ex : le fordisme reposait sur une organisation de la production, un partage de la valeur ajoutée et une demande sociale spécifiques

-         La crise du mode de production

C’est la crise du capitalisme. Phénomène majeur et rare.

Crise qui découle de contradictions qui ne sont plus soutenables. Ex : passage du féodalisme au capitalisme

 

  • Analyses empiriques

Cette typologie fournit une grille de lecture de l’histoire des crises. Applicable aux faits contemporains : de la crise pétrolière (perturbation) à l’effondrement soviétique (mode de production) en passant par la crise japonaise (régime d’accumulation).

Ainsi Boyer (2002) montre que la « nouvelle économie » basée sur les technologies de l’information n’est pas un nouveau mode de régulation qui va assurer la croissance, mais une configuration institutionnelle parmi d’autres.

Pour Aglietta & Rebérioux (2004), la libéralisation financière déstabilise les régimes d’accumulation : la finance de marché ne propose pas de nouveau mode de régulation. L’instabilité qui découle de l’accumulation tirée par la finance est un facteur de propagation des crises. Ex : crise Argentine

Les nombreux scandales financiers sont liés au développement du capitalisme financier, puisque la gestion dans l’intérêt des actionnaires nuit au bon contrôle des dirigeants.

Voir dans cette logique les travaux de Lordon (2003) et (2008).

 

Conclusion :

Ecole particulièrement intéressante pour ses analyses socio-historiques. Place très forte des facteurs politiques dans l’économie. Ex : Théret (1992) ou Lordon (1997)

Vision essentiellement macro-économique.

Nombreuses intuitions sur des sujets originaux. Ex : Lipietz sur le développement ou l’écologie.

Mais tellement diverse qu’elle semble dépassée aujourd’hui par d’autres approches.

Ex : économie des conventions

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Régulation et crises du capitalisme, Odile Jacob, 1976

AGLIETTA, Michel & REBERIOUX, Antoine : Dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004

BILLAUDOT, Bernard : Régulation et croissance Une macroéconomie historique et institutionnelle, L’Harmattan, 2001

BOYER, Robert & MISTRAL, Jacques : Accumulation, inflation, crises, Puf, 1978

BOYER, Robert : La théorie de la régulation: une analyse critique, La Découverte, 1986

BOYER, Robert dir. : Capitalismes fin de siècle, Puf, 1986

BOYER, Robert & SAILLARD, Yves dir. : La théorie de la régulation, La Découverte, 1995

BOYER, Robert : Théorie de la régulation, La Découverte, 2004

BOYER, Robert : La croissance, début de siècle, Albin Michel, 2004

DELORME, Robert & ANDRE, Christine : L’Etat et l’économie Un essai d’explication de l’évolution des dépenses publiques en France 1870-1980, Seuil, 1983

LIPIETZ, Alain : Crise et inflation: pourquoi ?, Maspero, 1979

LIPIETZ, Alain : Mirages et miracles Problèmes de l'industrialisation dans le Tiers-Monde, La Découverte, 1985

LORDON, Frédéric : Les quadratures de la politique économique, Albin Michel, 1997

LORDON, Frédéric : Et la vertu sauvera le monde, Raisons d’agir, 2003

LORDON, Frédéric : Jusqu’à quand ?, Raisons d’agir, 2008

REYNAUD, Bénédicte : Les règles économiques et leurs usages, Odile Jacob, 2004

THERET, Bruno : Régimes économiques de l’ordre politique, Puf, 1992

11:55 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire économique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/05/2010

Les nouveaux keynésiens

La vision keynésienne de l’économie a été mise à mal par la crise économique des 70’s. Sur le plan intellectuel on peut distinguer deux temps :

  • La crise de la pensée keynésienne

L’approche défendue par Keynes, puis reformulée par les auteurs de la synthèse, a subi deux grandes séries de critiques.

Les monétaristes ont remis en cause plusieurs intuitions, principalement sur l’arbitrage chômage inflation (Phillips). Cependant les auteurs keynésiens ont pu y répondre en modifiant les modèles de façon à prendre en compte les aspects monétaires.

Par contre les nouveaux classiques ont clairement critiqué le fond même de la pensée keynésienne. Pour Lucas, la macroéconomie doit dépasser Keynes dont les analyses ne sont pas adaptées. Ils regroupent leur refus autour de deux thèmes :

-         la macroéconomie keynésienne n’est pas fondée microéconomiquement

-         les anticipations keynésiennes sont incohérentes

A partir des années 80, l’enseignement et la recherche d’inspiration keynésienne sont discréditées.

  • Le renouveau de la pensée keynésienne

Les keynésiens classiques défendent leur approche en faisant valoir l’absence de crédibilité des théories des nouveaux classiques : les cycles réels ou les anticipations rationnelles ne permettent pas d’expliquer les fluctuations économiques selon Tobin (1977).

Les résultats mitigés des politiques d’inspiration monétariste ou nouveaux classiques ont permis aux auteurs s’inspirant de Keynes de reformuler des propositions.

Ex : persistance du chômage en Europe

Les nouveaux keynésiens cherchent en premier lieu à trouver des fondements microéconomiques à la macroéconomie tout en conservant certains postulats tels que la rigidité des salaires et des prix. Il vont, dans un second temps, s’efforcer d’expliquer cette rigidité plutôt que la considérer comme donnée.

Cependant, les nouveaux keynésiens restent un groupe de chercheurs très variés, ne constituant pas une école (même si un grand nombre provient du MIT) et n’ont pas de cohérence doctrinale (voire politique). Ex : Summers / Clinton ou Obama ; Mankiw / Bush.

Q : pourquoi les nouveaux keynésiens ne visent pas à révolutionner l’analyse économique ?

 

I] Les rigidités

Les nouveaux keynésiens distinguent deux grandes séries de rigidités :

  • Les rigidités nominales

Les salaires nominaux sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations du niveau général des prix. Les prix sont rigides s’ils s’ajustent lentement aux variations de la demande globale.

Pour les nouveaux keynésiens ces rigidités ont des fondements microéconomiques.

Phelps & Taylor (1977) montrent que la fixation des salaires est souvent déterminée sur une période donnée et définie à moyen terme. Ils sont donc rigides car ils n’évoluent pas en fonction des modifications du marché.

Taylor (1980) considère que la rigidité s’explique également par le fait que les contrats sont renégociés de manière échelonnée dans le temps. Il y a donc un décalage entre les variations de prix et l’adaptation des salaires.

Mais ces théories ne sont pas confirmées empiriquement, car les salaires ne sont pas contracycliques. L’inertie semble plutôt liée aux inconvénients de la renégociation.

Les nouveaux keynésiens insistent également sur la rigidités des prix.

Akerlof & Yellen (1985) considèrent que les ajustements de prix ne correspondent pas aux fondamentaux du marché du fait de l’existence d’une concurrence imparfaite.

Pour Mankiw (1985) les entreprises prennent en compte le coût du changement de prix (les coûts de menu) dans leur décision de ne pas les modifier.

Ex : Cechetti (1986) la réévaluation des prix des magazines se fait à intervalles réguliers.

Les rigidités nominales ont plusieurs conséquences : elles entraînent des cycles d’affaires, elles renforcent les récessions, elles peuvent justifier des politiques de stabilisation.

  • Les rigidités réelles

Les rigidités réelles sont des ajustements lents des salaires réels à la productivité du travail et au niveau de chômage.

Ball & Romer (1990) soulignent que les rigidités réelles renforcent les rigidités nominales.

Les rigidités réelles peuvent découler des contrats implicites : Azariadis & Stiglitz (1983) montrent que l’aversion pour le risque des salariés est prise en charge par les employeurs.

Dès lors, les entreprises ne modifient pas immédiatement les salaires réels en cas de choc économique : quelque soit la conjoncture, l’employeur garantit le salaire.

Les rigidités réelles par l’existence d’un salaire d’efficience : pour Akerlof (1982) les employeurs garantissent un salaire élevé en contrepartie des efforts du salarié quelque soit la conjoncture.

Les rigidités réelles peuvent également découler du pouvoir de négociation salariale des syndicats. Selon Mc Donald & Solow (1981) les fixations centralisées de salaires ont cet effet.

En termes de politique économique, les nouveaux keynésiens en tirent deux conclusions : pour réduire le chômage sans augmenter l’inflation il faut renforcer la concurrence sur le marché des biens et du travail ; il faut éviter les effets d’hystérèse (maintien d’un chômage élevé).

 

II] Les marchés financiers

La nouvelle économie keynésienne remet en cause le postulat de neutralité des variables financières : les auteurs néo-keynésiens considèrent que les marchés financiers peuvent avoir des effets procycliques si les marchés sont imparfaits.

  • Des marchés imparfaits

Stiglitz & Weiss (1981) ont montré l’impact du rationnement du crédit sur les déséquilibres économiques. S’il existe des asymétries d’information sur le marché du crédit, l’offre de fonds ne correspond pas à l’optimum : les taux d’intérêts sont trop élevés, seuls les projets risqués sont mis en œuvre. Ce sont des phénomènes de sélection adverse et d’aléa moral.

Les entreprises sont incités à prendre des risques pour couvrir le coût de l’emprunt.

De même, les intermédiaires financiers peuvent subir des asymétries d’information.

Bernanke (1983) montre qu’il existe un coût d’intermédiation : les banques doivent évaluer et contrôler les emprunteurs, ce qui peut accroître les pertes financières en cas de non remboursement.

Enfin, le financement par fonds propres peut également faire l’objet d’un rationnement.

Greenwald & Stiglitz (1986) étudient les asymétries d’information entre les actionnaires, les épargnants et les dirigeants. L’information sur la firme est détenue et contrôlée par les dirigeants. Les actionnaires doivent inciter les managers à maximiser la rentabilité de l’entreprise car ils ne peuvent évaluer précisément le risque de défaillance.

Les actionnaires vont rationner le financement par actions au profit d’un financement par dette. On retrouve ainsi la problématique du rationnement du crédit.

  • Des politiques économiques repensées

L’imperfection des marchés financiers peut réduire l’investissement et la consommation.

Pour Blinder (1987) c’est une imperfection de l’offre effective.

Bernanke (2000) réinterpréte la crise de 1929 en termes d’imperfection des marchés financiers. Il démontre l’influence des facteurs financiers sur les cycles économiques, les faillites en série de banques ont empêché celles-ci de jouer leur rôle d’intermédiation.

En termes de politique économique, l’analyse de l’imperfection des marchés financiers rend inefficace une politique monétaire visant à modifier les taux d’intérêt. Elle peut agir sur l’offre de crédit en favorisant le refinancement des intermédiaires financiers.

L’Etat doit donc essentiellement mener une politique prudentielle : il faut éviter le risque systémique en assurant la stabilité des marchés. Mais cette action peut engendrer des situations d’aléa moral (ex : crise des subprime).

 

Conclusion :

Les nouveaux keynésiens ont également participé à la reformulation de la théorie du commerce international en situation de concurrence imparfaite (Krugman). C’est donc un travail d’approfondissement de l’économie néo-classique sans rupture radicale.

C’est parfois dans le domaine politique que leur approche a traduit un refus de l’économie dominante. Ex : Stiglitz & Krugman. Avec en parallèle une participation active. Ex : Stiglitz & Bernanke.

 

Références :

AKERLOF, George : Labor Contracts as Partial Gift Exchange, Quarterly Journal of Economics, 1982

AKERLOF, George & YELLEN, Janet : A near-rational model of the business cycle, with wage and price inertia, Quarterly Journal of Economics, 1985

AZARIADIS, Costas & STIGLITZ, Joseph : Implicit contracts and fixed price equilibria, Quarterly Journal of Economics, 1983

BALL, Laurence & ROMER, David : Real rigidities and the non-neutrality of money, Review of Economic Studies, 1990

BERNANKE, Ben : Effets non monétaires de la crise financière dans la propagation de la Grande Dépression, Idées, 1983

BERNANKE, Ben : The great depression, Princeton University Press, 2000

BLINDER, Alan : Credit Rationing and Effective Supply Failures, Economic Journal, 1987

CECHETTI, Stephen : The frequency of price adjustment: A study of the newsstand prices of magazines, Journal of Econometrics, 1986

GREENWALD, Bruce & STIGLITZ, Joseph : Externalities in Economies with Imperfect Information and Incomplete Markets, Quarterly Journal of Economics, 1986

MANKIW, Gregory : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menus faibles: un modèle macroéconomique de monopole, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

McDONALD Ian & SOLOW, Robert : Wage Bargaining and Employment, American Economic Review, 1981

PHELPS, Edmund & TAYLOR, John : Stabilizing powers of monetary policy under rational expectations, Journal of Political Economy, 1977

STIGLITZ, Joseph & WEISS, Andrew : Le rationnement du crédit et le hasard moral, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1981

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

TOBIN, James : How dead is Keynes, Economic Inquiry, 1977

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